Il existe un moment de la vie où l’on quitte l’adolescence sans savoir encore comment entrer dans l’âge adulte. Tout semble possible et pourtant tout paraît déjà trop lourd. Les nuits s’étirent, les amitiés deviennent essentielles, les idées surgissent en désordre, et l’on cherche sa place dans un monde qui ne nous attend pas.
Ce texte est né dans cet intervalle. Entre les études, les petits boulots, les discussions sans fin, les dérives ordinaires et les élans de liberté. On voudrait parfois décoller de la réalité, s’en extraire, mais elle nous rattrape toujours : dans les rues que l’on traverse, les appartements où l’on se retrouve, les personnes qui comptent.
Peu à peu, la vraie vie devient matière à récit. Les scènes vécues se mêlent aux visions, les conversations aux rêveries. L’écriture devient alors une manière de traverser cette mue — une tentative d’autofiction. Ce qui s’y raconte n’est ni tout à fait vrai ni tout à fait inventé. C’est la trace d’un moment que beaucoup reconnaîtront : celui où l’on cherche encore qui l’on va devenir.
Capharnaüm est un texte écrit à une époque où l’écriture n’était pas encore un projet littéraire structuré, mais plutôt une nécessité. Une manière de tenir debout au milieu du tumulte. Il est né dans un moment de vie où les idées, les images et les sensations se mélangeaient librement, comme dans un véritable chaos intérieur embrumé par l’alcool et le shit.
Le livre porte aussi la trace d’une époque, celle du début des années quatre-vingt-dix, où la musique, les bars, les nuits et les discussions interminables formaient un territoire d’apprentissage aussi important que les études ou le travail.
Le livre suit un groupe de jeunes gens traversant une période d’expériences, de musique, de discussions nocturnes, de doutes et de dérives. Entre scènes de vie, réflexions, fragments de conversations et visions plus poétiques, le texte oscille entre récit brut, fragments poétiques, humour et vertige existentiel, avançant comme une mémoire recomposée.
Capharnaüm n’est pas seulement un récit : c’est un paysage intérieur, un ensemble de fragments, d’amitiés et de pensées en mouvement.
Sa construction chronologique agit comme un compte à rebours, menant progressivement vers un point de rupture. Après le récit vient un recueil de poèmes, attribué à l’un des personnages, comme les traces laissées par une voix qui continue de résonner.
Avec le recul, ce premier roman apparaît comme le point de départ d’un rapport durable à l’écriture. Il reste aujourd’hui comme la trace brute d’un moment de bascule — celui où l’on quitte une vie pour tenter d’en inventer une autre.
© Arnaud Papin – Toute reproduction, diffusion ou utilisation sans autorisation est interdite