Fuck Love

Quelques années après ALTER EROS, l’envie de poursuivre l’aventure s’est imposée comme une évidence. Mais différemment. Là où la première création réunissait un collectif large, presque orchestral, nous avons choisi pour cette seconde pièce de revenir à une forme plus resserrée, plus intime. Comme un zoom.
C’est ainsi qu’est né Fuck Love.

Deux comédiennes sur scène. Un couple. Un face-à-face. Et au cœur, toujours cette même obsession : comprendre ce qui se joue entre deux êtres quand l’amour ne suffit plus à tout expliquer. Déjà, dans ALTER EROS, la question était posée. Ici, elle devenait frontale. Plus incarnée. Plus risquée aussi.
Le passage à une écriture dialoguée a marqué un tournant. Là où la poésie ouvrait des espaces, le dialogue venait creuser, préciser, mettre à nu. Il ne s’agissait plus seulement de faire ressentir, mais de faire entendre — presque de surprendre — des paroles vraies, prises dans le réel, dans ses contradictions, ses tensions, ses élans et ses fatigues.
Le spectacle s’est construit dans cette recherche d’équilibre : entre théâtre, vidéo, musique, mouvement… mais avec une ligne plus tendue, plus contemporaine aussi. L’intégration des écrans, du langage des réseaux, venait se frotter à une question intemporelle : comment aimer dans la durée ? Comment rester quand tout pousse parfois à fuir ?

Nous avons joué la pièce à plusieurs reprises. Chaque représentation confirmait quelque chose de précieux : le public se reconnaissait. Non pas dans une histoire, mais dans des fragments, des échos, des contradictions familières. Comme si, derrière Axelle et Sasha, chacun venait déposer un peu de sa propre expérience.
Et puis est venue cette envie simple, presque naïve : prendre la route. Faire tourner le spectacle. Traverser les villes, aller à la rencontre d’autres publics. Faire exister pleinement cette pièce au-delà de ses premières dates.
Mais il manquait une pièce essentielle : un chargé de diffusion.
Sans cette présence, sans ce relais indispensable entre la création et les lieux, l’élan s’est progressivement arrêté. Non pas par manque de désir, ni d’énergie, mais faute de structure pour porter le projet plus loin.
Alors l’histoire de la Compagnie du Lâcher Prise s’est arrêtée là. Comme une suspension.

Mais avec le recul, il n’y a rien d’inachevé dans cette aventure. Elle a été entière. Dense. Intensément vécue. Deux créations, deux formes différentes, un même fil : explorer, partager, faire vibrer.
Et si aujourd’hui ces textes, ces pièces, ces matières continuent de résonner, alors peut-être qu’ils n’ont pas dit leur dernier mot.
Si un éditeur, un metteur en scène, ou toute personne sensible à cet univers souhaite s’en emparer, les prolonger, les réinventer — qu’il ou elle n’hésite pas à me faire signe.

© Arnaud Papin – Toute reproduction, diffusion ou utilisation sans autorisation est interdite