Le rituel des Minotaures n’est pas né d’un seul geste. Ce roman est issu d’un premier texte, publié par les éditions HAMAC en 2006 sous le titre La Chème. À l’époque, j’explorais déjà une forme narrative fragmentée, avec plusieurs trajectoires qui se croisent sans se répondre immédiatement. Il y avait là une matière vive, encore en tension, encore proche du réel. Le livre a d’ailleurs connu un certain retentissement local à Nîmes, ville où l’inspiration m’est venue et qui sert de décor à ce roman-film. Quatre ans plus tard, les éditions Ex-Aequo me proposent de le remanier dans son déroulé : reprendre les mêmes séquences, mais selon un autre montage, sous un nouveau titre. J’accepte cette proposition, qui prolonge la collaboration engagée avec cette maison après la publication de Sans mobile apparent. Je reprends alors l’ensemble : la structure, le rythme, la circulation entre les personnages. Le livre se déplace. Ce qui relevait d’un ancrage réaliste laisse apparaître peu à peu une dimension plus souterraine, plus archaïque. Les éléments étaient déjà là — les taureaux, la violence, les corps, la contamination — mais ils trouvent une autre cohérence, plus symbolique, presque mythologique. C’est à ce moment-là que le titre s’impose : Le rituel des Minotaures. Le roman devient un puzzle assumé. Chaque fragment en constitue une pièce, et c’est au lecteur de recomposer l’ensemble. Je n’écris pas pour guider pas à pas, mais pour ouvrir un espace où les lignes finissent par se rejoindre. À sa sortie, le livre a connu une diffusion inattendue, notamment en version numérique, proposée à un prix très bas. Il a ainsi circulé largement, trouvant ses lecteurs autrement. Aujourd’hui, il existe dans une autre économie, plus discrète, glissant peu à peu vers le marché de l’occasion (…). Ce texte reste pour moi une étape importante : non seulement un roman, mais une reprise. Une manière de revenir sur une première forme pour en révéler ce qui, au départ, n’était pas encore visible. C’est, d’une certaine façon, le même geste que j’opère aujourd’hui sur ce site avec l’ensemble de mes brouillons, j’avais mis « esquisses » d’abord, mais ça fait celui qui se la pète, « brouillons » c’est plus réaliste !
© Arnaud Papin – Toute reproduction, diffusion ou utilisation sans autorisation est interdite