Ce recueil rassemble des nouvelles écrites entre dix-neuf et vingt ans. À cet âge-là, je n’écrivais pas encore pour construire une œuvre, mais pour m’exercer. J’avais besoin d’explorer, de tester, de me confronter à différentes formes, différents tons, différentes manières de raconter. Je ne suis pas né dans une famille de lettrée. Ça se sent… et je crois que ça constitue la force de ses nouvelles, l’aspect non littéraire de mon écriture totalement instinctive… Rires…
Le bois des oubliés ouvre le recueil avec une écriture habitée par une tension sombre et une attention aux détails du réel, poussée par mon aversion totale pour les chasseurs, ne nous en cachons pas.
Avec Neuf minutes pour manger, j’ai cherché un rythme plus resserré, presque étouffant, où le quotidien bascule imperceptiblement. J’essayais d’imiter l’inimitable Philippe Djian mais j’étais très loin du compte et, sans le savoir, je commençais à basculer vers une écriture vocale, alors que je n’avais encore lu ni Jack Kerouac, ni Charles Bukowski, ni Louis-Ferdinand Céline. C’est Djian dont j’étais imprégné, mais je crois qu’on se transmet nos influences d’écrivain en écrivain, de génération en génération.
Rêve indien marque une tentative d’évasion, un déplacement vers un imaginaire plus large, nourri de fascination pour d’autres cultures et d’un désir de récit plus ample qui prend forme entre la fascination pour la culture amérindienne et ma passion pour The Doors.
Mini-Polar est un exercice de style, une plongée dans un univers plus codifié, avec ses figures, ses tensions, et déjà une certaine recherche d’efficacité narrative. Je ne savais pas qu’une dizaine d’années plus tard, je me déciderais à écrire de véritables polars.
Dans Trente secondes pour pisser, dans la continuité de Neuf minutes pour manger, j’ai laissé davantage de place à une écriture plus directe, plus nerveuse, proche du flux, où l’expérience personnelle affleure sans détour. Avec le recul, c’est sans doute ce qu’il y a de moins abouti.
Enfin, Artificiel cerveau est probablement le texte le plus ambitieux de l’ensemble, celui où j’ai tenté d’aller vers quelque chose de plus conceptuel, en lien avec une forme d’anticipation. Je ne savais pas alors que, cinq ans plus tard, ce texte ferait l’objet d’une publication dans une anthologie de l’imaginaire aux Éditions Rafaël de Surtis, sous un autre titre et dans une version entièrement remaniée.
Avec le recul, ce qui me frappe, ce n’est pas tant l’hétérogénéité de ces textes que ce qui les relie déjà : une écriture visuelle, presque cinématographique, une attention aux scènes, aux corps, aux ruptures. Quelque chose se cherche, parfois se trouve, puis s’égare avant de se rattraper in extremis. À bientôt cinquante-deux ans, je peux le dire : ma vie n’aura été qu’une succession d’exercices de style à l’image de ce recueil. Ce recueil est donc moins un aboutissement qu’un point de départ. Une matière brute, traversée d’intuitions, où se dessine déjà, sans que je le sache encore, une manière d’écrire qui n’a cessé d’évoluer mais en gardant cette voix qui m’est propre. Comment faire autrement ?
© Arnaud Papin – Toute reproduction, diffusion ou utilisation sans autorisation est interdite